humeurencouleur
Chez jean de la fontaine, la morale de l'histoire est soit au début soit à la fin.
Dans le texte qui va suivre, elle en est la chute.
Hans Carvel pris sur ses vieux ans
Femme jeune en toute matière
Il prit aussi soucis cuisants ;
Car l'un sans l'autre ne va guère.
Babeau (c'est la jeune femelle,
Fille du bailli Concordat)
Fut du bon poil, ardente, et belle
Et propre à l'amoureux combat.
Carvel craignant de sa nature
Le cocuage et les railleurs,
Alléguait à la créature,
Et tous les livres les meilleurs :
Blâmait les visites secrètes ;
Frondit l'attirail des coquettes,
Et contre un monde de recettes,
Et de moyens de plaire aux yeux,
Invectivait tout de son mieux.
A tous ces discours la galante
Ne s'arrêtait aucunement ;
Et de sermons n'était friande
A moins qu'ils fussent d'un amant.
Cela fesait que le bon sire
Ne savait tantôt plus qu'y dire,
Eut voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
Quelques moments de réconfort :
L'histoire en est très véritable.
Une nuit, qu'ayant tenu table,
Et bu force bon vin nouveau,
Carvel ronflait près de Badeau,
Il lui fut avis que le diable
Lui mettait au doigt un anneau,
Qui lui disait... : je sais la peine
Qui te tourmente, et qui te gêne ;
Carvel, j'ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague, et ne la lâche.
Ce que tu crains point ne sauras,
Point ne seras sans que le saches.
Trop ne puis vous remercier,
Dit Carvel, la faveur est grande.
Monsieur Satan, Dieu vous le rende,
Grand merci Monsieur l'aumônier.
Là-dessus achevant son somme,
Et les yeux encore aggravés,
Il se trouva que le bon homme
Avait le doigt où vous savez.
Jean de la Fontaine " l'Anneau " Contes et nouvelles en vers (1665-1666)
Hans Carvel pris sur ses vieux ans
Femme jeune en toute matière
Il prit aussi soucis cuisants ;
Car l'un sans l'autre ne va guère.
Babeau (c'est la jeune femelle,
Fille du bailli Concordat)
Fut du bon poil, ardente, et belle
Et propre à l'amoureux combat.
Carvel craignant de sa nature
Le cocuage et les railleurs,
Alléguait à la créature,
Et tous les livres les meilleurs :
Blâmait les visites secrètes ;
Frondit l'attirail des coquettes,
Et contre un monde de recettes,
Et de moyens de plaire aux yeux,
Invectivait tout de son mieux.
A tous ces discours la galante
Ne s'arrêtait aucunement ;
Et de sermons n'était friande
A moins qu'ils fussent d'un amant.
Cela fesait que le bon sire
Ne savait tantôt plus qu'y dire,
Eut voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
Quelques moments de réconfort :
L'histoire en est très véritable.
Une nuit, qu'ayant tenu table,
Et bu force bon vin nouveau,
Carvel ronflait près de Badeau,
Il lui fut avis que le diable
Lui mettait au doigt un anneau,
Qui lui disait... : je sais la peine
Qui te tourmente, et qui te gêne ;
Carvel, j'ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague, et ne la lâche.
Ce que tu crains point ne sauras,
Point ne seras sans que le saches.
Trop ne puis vous remercier,
Dit Carvel, la faveur est grande.
Monsieur Satan, Dieu vous le rende,
Grand merci Monsieur l'aumônier.
Là-dessus achevant son somme,
Et les yeux encore aggravés,
Il se trouva que le bon homme
Avait le doigt où vous savez.
Jean de la Fontaine " l'Anneau " Contes et nouvelles en vers (1665-1666)
Sam 4 jui 2009
3 commentaires
Merci renard, mais l'auteur se suffit à lui-même.
DID
Ah oui... je n'avais pas vu la mention de son nom et des dates, mais bon, vu l'heure où je suis passé...
Renard - le 05/07/2009 à 12h17
Pas de soucis mon cher renard, l'heure tardive t'excuse.
DID
Cela fait partie des recueils dont on ne parle jamais dans les écoles primaires et les collèges : Cela détruirait les belles morables des autres fables !
Bises DID
Nettoue
Bises DID
Nettoue
nettoue - le 05/07/2009 à 14h27
Il serait fort judicieux de donner en pature aux bacheliers ce type de textes qui leur ouvriraient un peu plus l'esprit, leur donneraient le goût de la lecture avant gardiste de cette époque et
nous éviteraient les débats sur la burka entre autre.
bises Nettoue
bises Nettoue
DID
Et la chute en est originale.
Bravo